Double imposition sur des revenus perçus à l'étranger : comment l'éviter et récupérer l'impôt payé en trop
Salaire, loyers, dividendes ou pension perçus hors de France : sans les bons réflexes, le même revenu peut être taxé deux fois, en France et dans le pays de source. Voici comment fonctionnent les conventions fiscales et les démarches concrètes pour éviter ou corriger une double imposition.
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L'essentiel
- La double imposition survient quand un même revenu est taxé à la fois dans le pays où il est perçu et dans le pays de résidence fiscale, faute d'application correcte d'une convention fiscale.
- La France a signé des conventions fiscales bilatérales avec la grande majorité des pays : elles définissent quel État taxe quel type de revenu et quelle méthode (exonération ou crédit d'impôt) évite la double taxation.
- Deux mécanismes principaux existent : l'exonération avec taux effectif (le revenu étranger n'est pas taxé en France mais influence le taux appliqué aux autres revenus) et le crédit d'impôt égal à l'impôt français correspondant.
- Un trop-perçu peut être récupéré a posteriori par réclamation auprès de l'administration fiscale, dans un délai qui court jusqu'au 31 décembre de la deuxième année suivant celle du paiement contesté.
- La résidence fiscale, déterminée par des critères précis (foyer, séjour principal, activité professionnelle, centre des intérêts économiques), conditionne tout le reste : elle doit être établie avant d'appliquer quelque mécanisme que ce soit.
Percevoir un salaire lors d'une mission à l'étranger, louer un bien immobilier hors de France, toucher des dividendes d'un compte-titres étranger ou une pension de retraite versée par un autre pays : dans chacun de ces cas, le même revenu peut en théorie être réclamé par deux administrations fiscales à la fois. Cette situation, la double imposition, n'est pourtant pas une fatalité : des mécanismes précis existent pour l'éviter, et des voies de recours pour la corriger quand elle s'est déjà produite.
Qu'est-ce que la double imposition, concrètement
La double imposition juridique se produit lorsqu'un même contribuable est taxé sur le même revenu, au titre de la même période, par deux États différents. Elle diffère de la simple obligation déclarative : déclarer un revenu étranger dans sa déclaration française ne signifie pas automatiquement payer deux fois l'impôt dessus, à condition d'appliquer le bon mécanisme correctif.
La résidence fiscale, le point de départ obligatoire
Avant d'appliquer quelque mécanisme que ce soit, il faut déterminer sa résidence fiscale, car c'est elle qui fixe le pays d'imposition de principe sur l'ensemble des revenus mondiaux. En droit français, une personne est considérée comme résidente fiscale de France si l'un des critères suivants est rempli :
- Son foyer (le lieu où vit habituellement sa famille) ou son lieu de séjour principal se trouve en France.
- Elle y exerce son activité professionnelle principale, salariée ou non, sauf si cette activité est accessoire.
- Le centre de ses intérêts économiques (principales sources de revenus, siège des investissements) est situé en France.
Un seul de ces critères suffit à établir la résidence fiscale française. En cas de conflit avec le droit interne d'un autre pays (par exemple si les deux États considèrent la même personne comme résidente selon leurs propres critères), la convention fiscale bilatérale prévoit des règles de départage, généralement fondées sur le foyer d'habitation permanent, puis le centre des intérêts vitaux.
Le rôle des conventions fiscales bilatérales
La France a conclu des conventions fiscales avec la grande majorité de ses partenaires économiques. Chaque convention répartit, catégorie de revenu par catégorie de revenu (salaires, revenus fonciers, dividendes, intérêts, pensions, plus-values), le droit d'imposer entre l'État de source du revenu et l'État de résidence du contribuable.
2 mécanismes principaux prévus par les conventions fiscales françaises pour éliminer la double imposition : l'exonération avec taux effectif et le crédit d'impôt égal à l'impôt français
Sans convention applicable entre la France et le pays de source (situation plus rare mais qui existe encore avec certains États), le contribuable reste en théorie exposé à une double imposition intégrale, sous réserve de mécanismes unilatéraux limités prévus par le droit interne français.
Les deux mécanismes pour éviter la double imposition
Selon la convention applicable et le type de revenu, l'un des deux mécanismes suivants s'applique pour neutraliser la double imposition côté français.
Exonération avec taux effectif
- Le revenu étranger n'est pas soumis à l'impôt français lui-même
- Il est néanmoins pris en compte pour déterminer le taux d'imposition applicable aux autres revenus imposables en France
- Utilisée notamment pour certains salaires perçus à l'étranger par des résidents français, sous conditions
Crédit d'impôt égal à l'impôt français
- Le revenu étranger est intégré au revenu imposable en France
- Un crédit d'impôt vient ensuite neutraliser l'impôt français correspondant à ce revenu
- Fréquent pour les dividendes, intérêts et certaines pensions de source étrangère
Dans les deux cas, la déclaration française doit mentionner explicitement le revenu étranger dans les rubriques dédiées (et non le passer sous silence), sous peine de rendre le mécanisme correctif inapplicable et de s'exposer à une double taxation effective, voire à un redressement pour omission déclarative.
Un revenu étranger correctement déclaré, avec la bonne case et la bonne référence à la convention applicable, n'est presque jamais taxé deux fois : c'est l'omission ou l'erreur de méthode qui crée la double imposition, pas la loi elle-même.
Comment récupérer l'impôt déjà payé en trop
Quand la double imposition s'est déjà produite, par exemple parce que le mécanisme correctif n'a pas été appliqué lors d'une déclaration passée, une réclamation reste possible auprès de l'administration fiscale.
- Identifier le délai de réclamation : une réclamation contentieuse portant sur l'impôt sur le revenu peut en principe être déposée jusqu'au 31 décembre de la deuxième année suivant celle du paiement de l'impôt contesté, ou de la mise en recouvrement selon les cas.
- Réunir les justificatifs : preuve de l'impôt payé à l'étranger (avis d'imposition étranger, retenue à la source documentée), convention fiscale applicable, et déclarations françaises concernées.
- Déposer la réclamation : via l'espace particulier en ligne (messagerie sécurisée) ou par courrier auprès du service des impôts compétent, en indiquant précisément le fondement (application d'une convention fiscale, erreur de mécanisme).
- Suivre l'instruction : l'administration dispose d'un délai de plusieurs mois pour répondre ; en cas de rejet ou d'absence de réponse dans le délai légal, un recours devant le tribunal administratif reste possible.
Cas fréquents : salaire, loyers, dividendes et pensions
Le mécanisme applicable varie sensiblement selon la nature du revenu concerné.
| Type de revenu | Principe général (sous réserve de la convention applicable) |
|---|---|
| Salaire perçu lors d'une mission à l'étranger | Imposable en général dans l'État d'exercice de l'activité au-delà d'une certaine durée de présence ; exonération avec taux effectif possible en France sous conditions |
| Revenus fonciers (bien loué à l'étranger) | Généralement imposables dans l'État où se situe le bien immobilier ; pris en compte en France via le taux effectif |
| Dividendes et intérêts de source étrangère | Souvent une retenue à la source limitée dans le pays de source, puis crédit d'impôt en France |
| Pension de retraite étrangère | Selon la convention, imposition dans l'État de résidence ou dans l'État qui verse la pension (règle parfois différente pour les pensions publiques) |