Calculer son TJM en freelance : la méthode du tarif journalier
Un tarif journalier moyen fixé au doigt mouillé, ou copié sur celui d'un confrère, finit presque toujours par ne pas couvrir les charges réelles de l'activité. Voici la méthode pour construire un TJM rentable, qui intègre les jours réellement facturables et pas seulement le revenu net visé.
Une freelance calcule son tarif journalier sur un tableau blanc avec des graphiques, ordinateur portable ouvert sur son bureau
L'essentiel
- Le TJM ne doit jamais se calculer en divisant un revenu net souhaité par le nombre de jours ouvrés de l'année : les jours réellement facturables représentent souvent moins des deux tiers de cette base.
- Le calcul complet part du revenu net visé, y ajoute les cotisations sociales et charges professionnelles, puis divise le tout par le nombre de jours facturables réalistes sur l'année.
- Le taux d'occupation, c'est-à-dire la part de jours travaillés réellement facturés à un client, dépasse rarement 60 à 70 % une fois retirés prospection, administratif et congés.
- Copier le TJM d'un confrère sans ajuster pour ses propres charges, son statut juridique et son taux d'occupation réel mène presque systématiquement à un tarif insuffisant.
- Un TJM révisé une seule fois par an, sans tenir compte de l'évolution des charges sociales ou du positionnement acquis avec l'expérience, finit par éroder la rentabilité réelle de l'activité.
« Je veux gagner 3 000 euros net par mois, donc je facture ce montant divisé par 20 jours ouvrés » : ce raisonnement, en apparence logique, ignore une réalité qui rattrape presque tous les freelances débutants au moment de faire les comptes en fin d'année. Le tarif journalier moyen (TJM) ne se calcule pas comme un salaire, et confondre les deux logiques mène directement à une activité qui ne couvre pas ses charges réelles.
L'erreur la plus fréquente dans le calcul du TJM
Diviser un revenu annuel visé par le nombre de jours ouvrés de l'année (environ 220 jours) suppose implicitement que chacun de ces jours sera facturé à un client. Or, entre la prospection commerciale, les tâches administratives, la formation continue, les congés et les périodes creuses entre deux missions, le nombre de jours réellement facturables reste toujours nettement inférieur à ce total.
La méthode de calcul, étape par étape
Un calcul de TJM fiable suit une séquence précise, du revenu net visé jusqu'au tarif journalier final :
- Fixer le revenu net annuel souhaité, celui qui doit rester disponible une fois toutes les charges payées.
- Ajouter les cotisations sociales propres au statut choisi, pour obtenir le chiffre d'affaires brut nécessaire.
- Ajouter les charges professionnelles : logiciels, assurance responsabilité civile professionnelle, formation, matériel, frais de comptabilité.
- Diviser ce total par le nombre de jours réellement facturables sur l'année, et non par le nombre de jours ouvrés théoriques.
| Étape | Exemple chiffré |
|---|---|
| Revenu net annuel visé | 36 000 euros |
| Charges sociales et professionnelles estimées | + 18 000 euros |
| Chiffre d'affaires annuel nécessaire | 54 000 euros |
| Jours facturables réalistes sur l'année | 140 jours |
| TJM résultant | 54 000 / 140 = environ 385 euros |
140 jours facturables par an, un repère réaliste pour un freelance actif, loin des 220 jours ouvrés théoriques d'une année complète
Jours facturables et taux d'occupation : le cœur du calcul
Le taux d'occupation, soit la part de jours travaillés effectivement facturés à un client, constitue la variable la plus déterminante et la plus souvent sous-estimée du calcul. Plusieurs postes viennent mécaniquement réduire ce taux :
- La prospection commerciale, incompressible même pour un freelance expérimenté disposant d'un bon réseau, représente généralement plusieurs jours par mois.
- Les tâches administratives (facturation, comptabilité, déclarations) prennent du temps qui ne peut pas être facturé à un client final.
- Les périodes d'intermission entre deux missions, souvent inévitables même avec un bon niveau d'activité.
- Les congés et jours de maladie, non rémunérés par défaut pour la plupart des statuts d'indépendant.
Un taux d'occupation de 100 % n'existe pas dans la durée : l'intégrer comme hypothèse de calcul revient à se sous-facturer dès le premier jour.
Les charges à intégrer selon le statut juridique
Le niveau de charges sociales à intégrer dans le calcul varie fortement selon le statut retenu pour exercer l'activité :
Auto-entrepreneur
- Cotisations proportionnelles au chiffre d'affaires encaissé, plus simples à anticiper.
- Plafond de chiffre d'affaires à surveiller, qui peut limiter la montée en TJM sur certaines missions longues.
Société (SASU, EURL)
- Charges sociales assises sur la rémunération réellement versée, à calculer précisément selon le statut du dirigeant.
- Frais de comptabilité et de gestion de la société à intégrer systématiquement dans le calcul du TJM.
Ce choix de statut, déjà déterminant pour la protection sociale comme détaillé dans notre guide sur le choix entre auto-entrepreneur et SASU, influence donc directement le niveau de TJM nécessaire pour atteindre un même revenu net visé, à volume d'activité équivalent.
Le positionnement marché : ajuster sans brader
Une fois le TJM plancher calculé selon cette méthode, un ajustement reste possible à la hausse selon le positionnement recherché : expertise rare, expérience sectorielle spécifique, ou forte demande sur une compétence particulière. Ce TJM plancher ne doit en revanche jamais être bradé pour remporter une mission, sous peine de travailler à perte une fois l'ensemble des charges réellement payées.
Copier le TJM affiché par un confrère sans ajuster pour ses propres charges, son statut juridique et son taux d'occupation réel constitue l'une des erreurs les plus répandues chez les freelances débutants, un tarif apparemment cohérent sur le marché pouvant s'avérer largement insuffisant une fois rapporté à sa situation personnelle.
Pourquoi et comment réviser son TJM régulièrement
Le TJM calculé une première fois ne doit pas rester figé pendant des années : plusieurs événements justifient sa révision régulière, idéalement au moins une fois par an :
- Une évolution des charges sociales ou fiscales, qui modifie directement le montant de chiffre d'affaires nécessaire pour un même revenu net.
- Une montée en compétence ou en expérience, qui justifie objectivement une révision à la hausse du positionnement tarifaire.
- Un changement du taux d'occupation réel, constaté sur les derniers mois d'activité, à comparer avec l'hypothèse initialement retenue pour le calcul.
En résumé, un TJM correctement calculé ne part jamais d'un revenu souhaité divisé par des jours ouvrés théoriques, mais intègre systématiquement les charges réelles du statut choisi et un taux d'occupation réaliste, généralement bien inférieur à ce qu'on imagine au démarrage de l'activité. Cette rigueur de calcul, plus que le tarif affiché par la concurrence, reste la meilleure garantie d'une activité freelance durablement rentable.
Questions fréquentes
Faut-il diviser son revenu annuel visé par 220 jours ouvrés pour calculer son TJM ?
Non, c'est l'erreur la plus fréquente : ce calcul suppose que chaque jour ouvré sera facturé, alors que le nombre de jours réellement facturables reste toujours inférieur en raison de la prospection, de l'administratif et des périodes creuses.
Quel taux d'occupation viser en tant que freelance ?
Un taux d'occupation de 60 à 70 % du temps de travail total reste un repère réaliste pour un freelance actif, une fois retirés prospection, tâches administratives et congés non rémunérés.
Le TJM doit-il être identique quel que soit le statut juridique choisi ?
Non, le niveau de charges sociales et professionnelles varie sensiblement entre une micro-entreprise et une société comme une SASU, ce qui modifie directement le TJM nécessaire pour atteindre un même revenu net visé.
Est-il risqué de fixer son TJM en copiant celui d'un confrère ?
Oui, car un TJM affiché par un confrère intègre ses propres charges, son statut juridique et son taux d'occupation, qui peuvent différer sensiblement des vôtres, rendant ce tarif potentiellement insuffisant une fois rapporté à votre situation.
À quelle fréquence faut-il réviser son TJM ?
Idéalement au moins une fois par an, pour tenir compte de l'évolution des charges sociales, de la montée en compétence acquise, et du taux d'occupation réel constaté sur les derniers mois d'activité.