1 novembre 2026 Le média qui relie le web à vos décisions

Heures supplémentaires : majoration, contingent, exonération d'impôt et droit de refus

Au-delà de 35 heures par semaine, chaque heure est majorée de 25 % puis de 50 %, exonérée d'impôt jusqu'à 7 500 euros par an et encadrée par un contingent annuel. Calcul, repos compensateur, durées maximales, droit de refus et recours en cas d'heures non payées : les règles pour les salariés du privé.

Une employée travaille tard à son bureau dans un open space presque vide, à la lumière d'une lampe

Une employée travaille tard à son bureau dans un open space presque vide, à la lumière d'une lampe

L'essentiel

  • Les heures effectuées au-delà de 35 heures par semaine sont majorées de 25 % jusqu'à la 43e heure, puis de 50 %, sauf accord collectif fixant un taux d'au moins 10 %.
  • Elles bénéficient d'une réduction de cotisations salariales et sont exonérées d'impôt sur le revenu dans la limite de 7 500 euros nets par an.
  • À défaut d'accord, le contingent annuel est de 220 heures ; au-delà, une contrepartie obligatoire en repos s'ajoute à la majoration.
  • Dans la limite du contingent et des durées maximales, l'employeur peut imposer des heures supplémentaires, sauf motif légitime de refus.
  • Des heures non payées peuvent être réclamées sur trois ans, la preuve étant partagée entre salarié et employeur.

Rester une heure de plus le soir, venir un samedi pour boucler un dossier : les heures supplémentaires font partie du quotidien de nombreux salariés. Elles ouvrent droit à une majoration de salaire, à un avantage fiscal et social, et parfois à du repos supplémentaire, mais elles sont aussi encadrées par des plafonds stricts. Combien doivent-elles rapporter, l'employeur peut-il les imposer, et que faire lorsqu'elles ne sont pas payées ? Voici les règles applicables aux salariés du privé à temps plein.

Ce qui compte comme heure supplémentaire

Est une heure supplémentaire toute heure de travail effectif accomplie au-delà de 35 heures par semaine, à la demande ou avec l'accord, même implicite, de l'employeur. La semaine s'entend en principe du lundi 0 heure au dimanche 24 heures, sauf si un accord collectif prévoit une autre période ou un aménagement du temps de travail sur plusieurs semaines.

  • Comptent : le temps de travail effectif, pendant lequel le salarié est à la disposition de l'employeur et ne peut vaquer librement à ses occupations.
  • Ne comptent pas, en principe : les pauses, le temps de trajet habituel domicile-travail, et les congés ou jours fériés chômés, sauf accord plus favorable.
  • Ne sont pas concernés : les cadres au forfait annuel en jours et les cadres dirigeants, dont le temps de travail n'est pas décompté en heures.

Combien elles rapportent : les taux de majoration

Heures effectuées dans la semaineMajoration légaleExemple pour un taux horaire de 15 € brut
De la 36e à la 43e heure25 %18,75 € brut l'heure
À partir de la 44e heure50 %22,50 € brut l'heure
Taux applicables à défaut d'accord collectif ; un accord d'entreprise ou de branche peut fixer un taux différent, sans descendre sous 10 %.

7 500 € montant annuel net de rémunération des heures supplémentaires et complémentaires exonéré d'impôt sur le revenu

À la majoration s'ajoute un double avantage : les heures supplémentaires bénéficient d'une réduction de cotisations salariales, qui augmente le net perçu, et elles sont exonérées d'impôt sur le revenu dans la limite de 7 500 euros nets par an. Au-delà, elles sont imposables comme le reste du salaire. Elles apparaissent sur une ligne distincte du bulletin de paie, avec leur nombre et leur taux : nos repères pour comprendre sa fiche de paie aident à les retrouver.

Payées ou récupérées en repos

Le paiement peut être remplacé, en tout ou partie, par un repos compensateur de remplacement équivalent, majoration comprise : une heure majorée à 25 % donne droit à 1 h 15 de repos. Ce remplacement doit être prévu par un accord collectif ou, à défaut de délégué syndical, décidé par l'employeur sans opposition du comité social et économique.

Les plafonds : contingent annuel et durées maximales

Les heures supplémentaires s'inscrivent dans un contingent annuel, fixé par accord collectif ou, à défaut, à 220 heures par salarié et par an. Au-delà, elles restent possibles mais ouvrent droit, en plus de leur majoration, à une contrepartie obligatoire en repos : 50 % des heures dépassant le contingent dans les entreprises de 20 salariés au plus, 100 % au-delà.

Durées maximales de travail

  • 10 heures par jour, sauf dérogations.
  • 48 heures sur une même semaine.
  • 44 heures en moyenne sur 12 semaines consécutives, 46 par accord.
  • 11 heures de repos consécutives entre deux journées.

Ce que cela implique

  • Un employeur ne peut pas demander des heures supplémentaires au-delà de ces limites.
  • Leur dépassement l'expose à des sanctions.
  • Le salarié peut refuser un dépassement des durées maximales.
  • Le repos quotidien et hebdomadaire reste dû.

Trois exemples de calcul

Une semaine à 40 heures

Un salarié payé 15 euros brut de l'heure travaille 40 heures dans la semaine. Les 5 heures au-delà de 35 heures sont majorées de 25 %, soit 18,75 euros chacune : 93,75 euros brut supplémentaires pour la semaine, sur lesquels les cotisations salariales sont réduites et aucun impôt n'est dû dans la limite annuelle.

Une semaine chargée à 46 heures

Pour 46 heures, les 8 premières heures supplémentaires sont majorées de 25 % (8 × 18,75 = 150 euros), et les 3 suivantes de 50 % (3 × 22,50 = 67,50 euros), soit 217,50 euros brut de plus. Attention : une telle semaine reste possible ponctuellement, mais la moyenne sur 12 semaines ne doit pas dépasser 44 heures.

Un contrat à 39 heures

De nombreux contrats prévoient 39 heures par semaine. Les 4 heures au-delà de 35 heures sont des heures supplémentaires structurelles, payées chaque mois avec une majoration de 25 % et mensualisées sur la base d'environ 17,33 heures par mois. Elles figurent sur une ligne dédiée du bulletin et bénéficient elles aussi de l'exonération fiscale et de la réduction de cotisations.

L'employeur peut-il les imposer ?

Oui, dans une certaine mesure. Dans la limite du contingent et des durées maximales, les heures supplémentaires relèvent du pouvoir de direction de l'employeur : un refus injustifié peut constituer une faute, voire justifier un licenciement en cas de répétition.

Le refus est en revanche légitime dans plusieurs situations :

  • l'employeur prévient trop tard, sans délai raisonnable pour s'organiser ;
  • le salarié a un motif légitime et impérieux, comme une obligation familiale qu'il ne peut pas déplacer ;
  • les heures demandées dépassent le contingent sans les contreparties prévues, ou les durées maximales ;
  • les heures supplémentaires effectuées précédemment n'ont pas été payées.

Heures supplémentaires non payées : que faire

  1. Vérifier les bulletins de paie et comparer avec vos relevés d'horaires.
  2. Réclamer par écrit le paiement auprès de l'employeur, avec le décompte précis des heures concernées.
  3. Solliciter les représentants du personnel ou l'inspection du travail pour un conseil.
  4. Saisir le conseil de prud'hommes si besoin : la preuve des heures est partagée, le salarié apportant des éléments précis et l'employeur devant justifier les horaires réellement effectués.

L'action en paiement se prescrit par trois ans à compter du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître ses droits, et peut porter sur les trois années précédant la rupture du contrat en cas de départ. Lorsque l'employeur a volontairement omis des heures sur les bulletins, le salarié peut aussi invoquer le travail dissimulé, qui ouvre droit à une indemnité forfaitaire de six mois de salaire à la fin du contrat. Au moment d'un départ, vérifiez que les heures dues figurent bien dans votre solde de tout compte.

Questions fréquentes

Les heures supplémentaires sont-elles prises en compte pour la retraite ?

Oui, elles sont soumises aux cotisations d'assurance vieillesse, même si une partie des cotisations salariales est réduite. Elles contribuent donc au salaire annuel retenu pour le calcul de la retraite.

Un jour férié travaillé est-il une heure supplémentaire ?

Pas automatiquement : tout dépend du nombre d'heures effectuées dans la semaine. Le travail un jour férié peut en revanche ouvrir droit à une majoration spécifique prévue par la convention collective, indépendamment des heures supplémentaires.

Les heures supplémentaires comptent-elles pour la prime d'activité ou les aides au logement ?

Oui, elles font partie des revenus d'activité retenus par la CAF, même si elles sont exonérées d'impôt. Une période riche en heures supplémentaires peut donc réduire temporairement certaines aides calculées sur les revenus récents.

L'employeur peut-il payer les heures supplémentaires sous forme de prime ?

Non, les heures supplémentaires doivent figurer sur le bulletin de paie avec leur nombre et leur taux de majoration. Les déguiser en prime prive le salarié de l'exonération fiscale et peut caractériser un travail dissimulé.

#heures supplémentaires#droit du travail#salaire#temps de travail#défiscalisation