Cumul emploi-retraite ou retraite progressive : règles, plafonds et nouveaux droits
Travailler en étant retraité, ou réduire son activité avant de partir en touchant déjà une partie de sa pension : deux dispositifs souvent confondus. Cumul intégral ou plafonné, délai de six mois chez l'ancien employeur, nouveaux droits depuis 2023, retraite progressive dès deux ans avant l'âge légal : le guide pour choisir.
Un homme d'une soixantaine d'années travaille sur un ordinateur portable dans un bureau lumineux
L'essentiel
- Le cumul emploi-retraite concerne les retraités qui reprennent une activité ; la retraite progressive permet de travailler à temps partiel avant le départ en touchant une fraction de sa pension.
- Le cumul est intégral, sans plafond, si la retraite est à taux plein et que toutes les pensions sont liquidées ; il ouvre depuis 2023 de nouveaux droits limités.
- À défaut, le cumul est plafonné à la moyenne des trois derniers salaires ou à 160 % du Smic, et la pension est réduite en cas de dépassement.
- En cumul plafonné, reprendre chez son dernier employeur impose un délai de six mois après le départ.
- La retraite progressive est accessible deux ans avant l'âge légal avec 150 trimestres, pour un temps de travail compris entre 40 % et 80 %.
Prendre sa retraite ne signifie plus forcément arrêter de travailler. Le cumul emploi-retraite permet de percevoir sa pension tout en reprenant une activité, et la retraite progressive permet de lever le pied avant l'âge du départ en touchant déjà une partie de sa retraite. Ces deux dispositifs, souvent confondus, obéissent à des règles très différentes : plafonds de revenus, délai avant de retravailler chez son ancien employeur, nouveaux droits ou non. Voici comment ils fonctionnent, pour qui ils sont intéressants et les erreurs qui coûtent cher.
Cumul emploi-retraite ou retraite progressive : la différence
Cumul emploi-retraite
- Vous êtes déjà retraité, toutes vos pensions sont liquidées.
- Vous reprenez une activité, salariée ou indépendante.
- Vous percevez votre pension et vos revenus d'activité.
- Cumul sans limite ou plafonné selon votre situation.
Retraite progressive
- Vous n'êtes pas encore retraité.
- Vous passez à temps partiel, entre 40 % et 80 % d'un temps plein.
- Vous percevez une fraction de votre retraite en plus de votre salaire réduit.
- Vous continuez à acquérir des droits pour votre retraite définitive.
Le premier s'adresse à ceux qui veulent travailler après leur départ ; le second à ceux qui souhaitent une transition en douceur avant de partir. Ils ne se cumulent pas : la retraite progressive prend fin au moment où l'on liquide définitivement ses droits.
Le cumul intégral : sans plafond, sous deux conditions
Le cumul est dit intégral, ou libéralisé, lorsque vous pouvez percevoir la totalité de votre pension et de vos revenus d'activité, sans limite de montant. Deux conditions doivent être réunies :
- Avoir droit à une retraite à taux plein : soit en ayant atteint l'âge légal avec le nombre de trimestres requis, soit en ayant atteint l'âge du taux plein automatique, fixé à 67 ans.
- Avoir liquidé toutes ses retraites, de base et complémentaires, françaises et étrangères, auprès de tous les régimes auxquels vous avez cotisé.
Le cumul plafonné : quand les conditions ne sont pas réunies
Si vous êtes parti sans le taux plein, par exemple avec une décote, ou sans avoir liquidé toutes vos pensions, le cumul reste possible mais plafonné. Pour un ancien salarié, le total de la pension de base et complémentaire et des nouveaux revenus d'activité ne doit pas dépasser le plus élevé de deux montants : la moyenne des trois derniers salaires mensuels avant le départ, ou 160 % du Smic mensuel.
| Situation | Type de cumul | Conséquence |
|---|---|---|
| Taux plein et toutes pensions liquidées | Intégral | Aucun plafond, nouveaux droits limités dans les régimes de base |
| Départ avec décote ou pensions non toutes liquidées | Plafonné | Pension réduite du dépassement en cas de revenus trop élevés |
| Reprise chez le dernier employeur, cumul plafonné | Plafonné | Délai de six mois après le départ à respecter |
En cas de dépassement, la pension n'est pas supprimée mais réduite à hauteur du dépassement. Les régimes complémentaires, comme l'Agirc-Arrco, appliquent leurs propres règles en cas de reprise d'activité, qu'il vaut mieux vérifier avant de signer.
La retraite progressive : travailler moins avant de partir
La retraite progressive est ouverte aux salariés, aux indépendants et, depuis la réforme de 2023, aux fonctionnaires, à partir de deux ans avant l'âge légal de départ, à condition de justifier d'au moins 150 trimestres d'assurance tous régimes confondus.
- Temps de travail : entre 40 % et 80 % de la durée de travail à temps plein.
- Fraction de retraite versée : elle correspond au temps non travaillé ; un salarié à 60 % perçoit 40 % de sa retraite provisoire.
- Accord de l'employeur : l'employeur peut refuser le passage à temps partiel, mais doit motiver son refus par l'incompatibilité avec l'activité de l'entreprise ; à défaut de réponse dans un délai de deux mois, l'accord est réputé acquis.
- Droits futurs : vous continuez à cotiser et à valider des trimestres, et votre retraite définitive est recalculée à la fin de la retraite progressive.
40 à 80 % durée de travail exigée pendant une retraite progressive, la fraction de pension versée correspondant au temps non travaillé
Pour optimiser les cotisations pendant cette période, l'employeur et le salarié peuvent convenir de cotiser pour l'assurance vieillesse sur la base d'un temps plein, ce qui limite la baisse des droits futurs.
Deux exemples chiffrés
Un cumul plafonné après un départ avec décote
Claire est partie à la retraite sans le nombre de trimestres requis. Ses trois derniers salaires bruts mensuels s'élevaient en moyenne à 2 500 euros, et elle perçoit 1 600 euros de pensions brutes. Le plafond retenu est le plus élevé entre cette moyenne et 160 % du Smic, soit environ 2 900 euros bruts mensuels. Pour conserver l'intégralité de sa pension, ses nouveaux revenus d'activité ne doivent donc pas dépasser environ 1 300 euros bruts par mois ; au-delà, sa pension est réduite du montant du dépassement.
Une retraite progressive à 60 %
Marc gagne 3 000 euros bruts par mois à temps plein. Deux ans avant l'âge légal, il passe à 60 %. Son salaire tombe à 1 800 euros, mais il perçoit 40 % de sa retraite provisoire, estimée à 1 500 euros, soit 600 euros. Son revenu brut total atteint 2 400 euros pour un temps de travail réduit de deux cinquièmes, et il continue d'acquérir des droits pour sa retraite définitive, surtout si son employeur accepte de cotiser sur la base d'un temps plein.
Ces montants sont illustratifs : seule une simulation sur votre relevé de carrière donne des chiffres fiables, et les prélèvements sociaux et l'impôt réduisent les montants nets.
Choisir et faire les démarches
- Faire le point sur sa carrière : relevé de carrière, trimestres validés, date du taux plein. Un rendez-vous avec un conseiller retraite est précieux pour un cas complexe, comme l'explique notre dossier sur la prise de rendez-vous avec un conseiller retraite.
- Simuler les deux options : revenus nets pendant la retraite progressive, montant de la pension définitive, revenus en cumul.
- Déclarer la reprise d'activité : en cumul, informez vos caisses de retraite dans le mois qui suit la reprise.
- Demander la retraite progressive auprès de sa caisse de retraite, avec l'accord de l'employeur ou la preuve de l'absence de réponse.
Ces revenus complémentaires peuvent aussi financer une épargne de long terme ou la transmission. Le choix d'enveloppe est détaillé dans notre article comparant le PER et l'assurance-vie, et la question de la pension laissée au conjoint dans notre guide sur la pension de réversion.
Questions fréquentes
Peut-on cumuler retraite et activité de micro-entrepreneur ?
Oui, un retraité peut créer une micro-entreprise. Si les conditions du cumul intégral sont remplies, les revenus ne sont pas plafonnés ; sinon, des plafonds spécifiques aux indépendants s'appliquent. Les cotisations restent dues sur le chiffre d'affaires.
Le cumul emploi-retraite est-il possible dans la fonction publique ?
Oui, avec des règles proches : cumul intégral sous condition de taux plein et de liquidation de toutes les pensions, plafonnement dans le cas contraire. Une reprise dans la même administration obéit à des conditions particulières qu'il faut vérifier auprès de son service des pensions.
La retraite progressive est-elle réversible ?
On peut y mettre fin à tout moment en reprenant une activité à temps plein, la fraction de pension cessant alors d'être versée. Elle prend fin aussi lorsque l'on liquide définitivement sa retraite, ou si le temps de travail sort de la fourchette de 40 % à 80 %.
Les revenus d'un cumul emploi-retraite sont-ils imposables ?
Oui, la pension et les revenus d'activité s'additionnent dans le revenu imposable du foyer. Une reprise d'activité peut donc faire changer de tranche d'imposition, ce qu'il est utile d'anticiper avec le taux de prélèvement à la source.