Démissionner pour se reconvertir et toucher le chômage : conditions et étapes du dispositif
Un salarié en CDI peut démissionner et percevoir l'allocation chômage pour créer une entreprise ou changer de métier, à condition de suivre un parcours strict. Cinq ans d'activité, avis de Transitions Pro avant la démission, contrôle à six mois : le mode d'emploi pour ne pas perdre ses droits.
Une femme d'une trentaine d'années prépare son projet de reconversion avec un carnet et un ordinateur dans un atelier lumineux
L'essentiel
- Un salarié en CDI qui démissionne pour se reconvertir ou créer une entreprise peut toucher l'ARE, s'il justifie de 1 300 jours d'activité salariée continue sur les 60 derniers mois.
- Le passage par un conseiller en évolution professionnelle est obligatoire, puis Transitions Pro doit attester le caractère réel et sérieux du projet.
- La démission doit intervenir après l'attestation favorable, jamais avant : une démission prématurée redevient une démission ordinaire, sans allocation.
- L'inscription à France Travail doit suivre dans les six mois, et un contrôle des démarches engagées intervient au plus tard six mois après l'ouverture des droits.
- Le projet de transition professionnelle, qui maintient le contrat et la rémunération, et la rupture conventionnelle sont les deux alternatives à comparer.
Démissionner ne prive pas toujours du chômage. Depuis le 1er novembre 2019, un salarié qui quitte son CDI pour créer une entreprise ou se reconvertir peut percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), à condition de suivre un parcours précis, dans un ordre précis. C'est là que la plupart des candidats échouent : une démission envoyée une semaine trop tôt suffit à tout perdre. Voici les conditions, les étapes et les pièges du dispositif, parfois appelé démission-reconversion.
Qui peut en bénéficier : la condition des cinq ans
Le dispositif est réservé aux salariés en contrat à durée indéterminée qui démissionnent. Il ne s'applique ni à une fin de CDD, ni aux fonctionnaires titulaires, ni aux indépendants.
1 300 jours d'activité salariée continue exigés au cours des 60 mois précédant la fin du contrat, soit environ cinq ans
L'activité doit être continue, mais pas forcément chez le même employeur : plusieurs contrats qui se succèdent peuvent se cumuler. Certaines périodes sans travail, comme un arrêt maladie indemnisé ou un congé maternité, sont en principe assimilées. Un trou entre deux emplois, en revanche, peut casser la continuité. En cas de doute, France Travail peut confirmer votre durée d'affiliation avant toute démarche.
Deuxième condition : poursuivre un projet professionnel réel et sérieux, qui prend l'une de deux formes :
- une reconversion nécessitant une formation qualifiante (devenir électricien, infirmier, développeur, ébéniste...) ;
- la création ou la reprise d'une entreprise, quel qu'en soit le statut, micro-entreprise comprise.
Les quatre étapes, dans l'ordre impératif
- Consulter un conseiller en évolution professionnelle (CEP) : c'est obligatoire et gratuit. Le CEP aide à construire le projet et à préparer le dossier. Pour les salariés, il est assuré par des opérateurs régionaux financés par France compétences ; les cadres peuvent aussi s'adresser à l'Apec.
- Déposer le dossier auprès de Transitions Pro : la commission paritaire de votre région examine le caractère réel et sérieux du projet et rend une attestation. Le dossier décrit le projet, le marché visé, la formation choisie ou le plan de financement de l'entreprise.
- Démissionner, seulement après l'attestation favorable : la démission doit intervenir après la décision de la commission, jamais avant.
- S'inscrire à France Travail dans les six mois : la demande d'allocation doit être déposée dans les six mois suivant la notification de la décision, avec l'attestation jointe.
Convaincre la commission : ce qu'elle regarde vraiment
La commission ne juge pas la pertinence de vos envies, mais la cohérence du projet. Un dossier solide répond, preuves à l'appui, à quatre questions.
| Critère examiné | Projet de reconversion | Projet de création d'entreprise |
|---|---|---|
| Débouchés | Offres d'emploi dans le métier visé et la région | Étude de marché, clientèle identifiée, concurrence |
| Moyens | Formation identifiée, dates, organisme, coût, financement | Prévisionnel financier, apport, besoins de financement |
| Faisabilité | Prérequis d'entrée validés, admission en formation | Local, autorisations, statut juridique envisagé |
| Préparation | Stage d'observation, enquêtes métier, rencontres de professionnels | Contacts fournisseurs, premiers devis, accompagnement par un réseau |
Pour une création d'entreprise, le choix du statut fait partie du dossier : nos repères sur le choix entre micro-entreprise et SASU aident à le justifier. Pour une reconversion, une attestation d'entrée en formation, même conditionnelle, pèse lourd.
En cas de refus, un recours gracieux est possible dans les deux mois, en complétant les points jugés faibles. Un refus n'est pas définitif : beaucoup de dossiers passent au second examen.
Montant, délais et contrôle après l'ouverture des droits
L'allocation versée est l'ARE de droit commun : son montant et sa durée se calculent comme pour un licenciement, à partir de vos salaires passés. Les délais d'attente habituels s'appliquent aussi, notamment le délai de sept jours et le différé lié aux congés payés non pris, versés dans le solde de tout compte.
Pour un créateur, l'ARE peut ensuite être maintenue en complément des premiers revenus de l'entreprise, ou convertie en partie en capital via l'aide à la reprise ou à la création d'entreprise (ARCE). L'ARCE correspond à 60 % des droits restants, versés en deux fois, mais elle met fin au versement mensuel : elle convient à qui a besoin de trésorerie pour démarrer et prévoit de se rémunérer rapidement. Le maintien mensuel sécurise au contraire un lancement lent. Le choix dépend donc des revenus attendus la première année, à étudier avec son conseiller.
Démission-reconversion ou autres voies : laquelle choisir
Ce dispositif n'est pas la seule façon de financer un changement de cap. Deux alternatives méritent la comparaison, selon que l'on souhaite garder son contrat ou non.
Démission-reconversion
- Vous quittez l'entreprise, le lien est rompu.
- Revenu : l'ARE, calculée sur vos anciens salaires.
- Cinq ans d'activité continue exigés.
- Adapté à la création d'entreprise et aux formations longues.
Projet de transition professionnelle
- Vous restez salarié, en congé pendant la formation.
- Revenu : rémunération maintenue selon un barème, financée par Transitions Pro.
- Ancienneté plus courte exigée, en général 24 mois dont 12 dans l'entreprise.
- Réservé aux formations certifiantes, pas à la création.
La troisième voie reste la rupture conventionnelle : elle ouvre droit au chômage sans condition de projet, mais suppose l'accord de l'employeur et se négocie. Si votre employeur est ouvert à la discussion, elle peut être plus simple ; s'il refuse, la démission-reconversion offre une voie qui ne dépend que de vous.
Un calendrier réaliste, de la première idée au premier versement
Compter quatre à six mois entre le premier rendez-vous CEP et la fin du contrat est raisonnable. Les séances de conseil s'étalent souvent sur plusieurs semaines, la commission dispose ensuite d'un délai d'instruction de l'ordre de deux mois, puis vient le préavis. Anticiper permet aussi de caler la démission sur la date d'entrée en formation, pour éviter des mois d'indemnisation sans activité à justifier.
Et si le projet ne se concrétise pas
Une formation abandonnée ou une entreprise qui ne décolle pas ne fait pas automatiquement perdre l'allocation. Ce que contrôle France Travail, c'est la réalité des démarches, pas leur succès. Un créateur qui a immatriculé sa société, prospecté et facturé ses premiers clients a rempli ses engagements, même s'il cesse son activité quelques mois plus tard. Il redevient alors demandeur d'emploi classique et peut, le cas échéant, reprendre le reliquat de ses droits.
La situation est différente pour celui qui n'a rien entrepris : absence d'inscription en formation, aucune démarche de création, aucune trace de recherche. C'est ce cas de figure que vise la suppression de quatre mois. D'où l'intérêt de documenter chaque étape, y compris les échecs : un refus d'admission, un prêt bancaire refusé ou un local introuvable sont des preuves de démarches, pas des aveux d'inaction.
Questions fréquentes
Peut-on bénéficier du dispositif après une démission d'un CDD ?
Non, le dispositif vise uniquement la démission d'un CDI. La fin normale d'un CDD ouvre déjà droit au chômage dans les conditions habituelles, sans passer par Transitions Pro.
Le projet peut-il changer après l'ouverture des droits ?
Un ajustement est possible s'il reste cohérent avec le projet validé, par exemple un changement d'organisme de formation. Un projet totalement différent expose en revanche à une suppression de l'allocation lors du contrôle, mieux vaut en parler à son conseiller France Travail en amont.
Combien de temps Transitions Pro met-il à répondre ?
Le délai d'instruction est de l'ordre de deux mois, variable selon les régions et les périodes. Il faut l'intégrer au calendrier avant de fixer la date de démission et le début de la formation.
Faut-il informer son employeur de sa démarche ?
Ce n'est pas obligatoire, les séances de conseil et le dossier restent confidentiels. L'employeur n'apprend le projet qu'à la réception de la démission, sauf si vous choisissez de lui en parler plus tôt, par exemple pour négocier une date de départ.
Un salarié à temps partiel peut-il en bénéficier ?
Oui, la condition porte sur des jours travaillés d'activité salariée continue, et le temps partiel n'en est pas exclu. Le montant de l'ARE sera simplement calculé sur des salaires plus faibles.